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L'accident de Tchernobyl
LE Dossier  16 ANS APRES

 

 

 

 

Rapporteur  : Bernard Lerouge

 

 

Le GR 21 réunit, au sein de la Société Française d'Energie Nucléaire (SFEN), des cadres retraités aux multiples compétences qui réfléchissent en commun et en toute indépendance aux questions relatives à l'énergie et à l'environnement.

 

 

Ce texte reprend celui du dossier établi en mai 2001 (15 ans après), en l’actualisant ou en apportant des compléments. Les modifications portent essentiellement sur la présentation générale, les § 1.1 3.9 4.2 – 4.4 4.5 et la bibliographie.


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L'accident de Tchernobyl LE Dossier  16 ANS APRES  5

Présentation générale  8

Première partie : l'accident et sa gestion technique  11

1.1............ Le site et le réacteur  11

1.2............ Le scenario de l'accident 12

1.3............ Les diverses causes de l'accident 15

1.4............ Premières interventions  17

1.5............ Les mesures d'assainissement radioactif 18

1.6............ L'assistance technique et financiere internationale  19

1.6.1............... Aspects politiques et financiers  19

1.6.2............... Le projet SIP (Shelter Implementation Plan)  20

1.7............ Les enseignements tirés de l'accident 21

Deuxième partie : les contaminations et les doses  25

2.1............ Les rejets d'éléments radioactifs  25

2.2............ Les contaminations  27

2.3............ Les mouvements de population  30

2.4............ Les doses reçues par la population évacuée  31

2.4.1............... Doses par exposition externe  32

2.4.2............... Doses par exposition interne  32

2.5............ Les contaminations et les doses dans les zones non evacuees  33

2.6............ SITUATION ACTUELLE 34

Troisième partie : les effets sanitaires  37

3.1............ Les conséquences sanitaires dans les Républiques de l'ex-URSS   37

3.2............ Les effets "déterministes"  37

3.3............ Les effets aleatoires (ou "stochastiques") 39

3.3.1............... Méthodologie  39

3.3.2............... Les cancers de la thyroïde  40

3.3.3............... Les leucémies  42

3.3.4............... Autres tumeurs solides. 42

3.4............ Les affections congénitales  43

3.5............ Autres affections (psychologiques et autres). 43

3.6............ Effets immunologiques  44

3.7............ Mortalité globale. 44

3.8............ Les coopérations médicales internationales  45

3.9............ Les Conclusions de la conférence de kiev  46

Quatrième partie : Conséquences dans d'autres pays européens. Cas de la France  50

4.1............ Pays européens  50

4.2............ La contamination  du territoire national 51

4.3............ Les doses reçues par la population française  52

4.4............ Les effets sanitaires en france  53

4.5............ Rappel et reflexions sur la communication  55

Liste des Figures : 61

Bibliographie  61

Annexe : LES EFFETS DES RAYONNEMENTS SUR L'HOMME  (RAPPELS GENERAUX). 62

1............... Les unités  62

2............... Les effets déterministes  63

3............... Les effets stochastiques  63

4............... Les effets héréditaires  65

5............... Les principes et normes de radioprotection. 65

6............... Expositions courantes au rayonnement 66

7............... Activités couramment rencontrées dans la nature  68

 


Présentation générale

 

Le 26 avril 1986, à 01.23. 40 du matin (heure locale) survenait dans un réacteur électronucléaire de forte puissance de la centrale ukrainienne de Tchernobyl (dans l'ex-URSS) le pire accident que cette forme d'énergie ait connu.

 

Cette catastrophe dont les multiples conséquences sanitaires, économiques et sociales, directes ou indirectes, ont affecté l'Ukraine, la Belarus et la Fédération de Russie ont eu bien d'autres répercussions nationales et internationales : sans doute a-t-elle achevé  de convaincre Mikhaïl Gorbatchev, au pouvoir depuis un an, d'accélérer les réformes de l'URSS (perestroïka, glasnost); mais le monde entier, déjà ébranlé par l'accident de la centrale de Three Mile Island survenu sept ans plus tôt, s'est à nouveau interrogé sur les risques que faisait courir l'énergie nucléaire, et dans nombre de pays européens sous le vent des retombées radioactives, l'émotion et l'inquiétude des populations ont conduit plusieurs gouvernements à réviser considérablement leurs programmes.

 

Pris de court, et sans information directe en provenance de l' URSS durant les quatre mois qui ont suivi, les experts des pays occidentaux ont eu beaucoup de mal à donner à chaud des réponses satisfaisantes aux questions des médias, d'autant que certains problèmes nouveaux, par exemple sur l'évolution de la contamination de l'environnement, se posaient à eux. Actuellement, les conséquences sanitaires de l'accident dans les pays les plus affectés font encore l'objet de polémiques hors des cercles restreints de spécialistes, et les estimations les plus fantaisistes circulent sur le nombre réel de victimes déjà recensées ou de personnes "potentiellement condamnées". En France, nombreux sont ceux qui sont convaincus que notre pays a réellement souffert des retombées constatées sur notre sol.

 

Il y a, il est vrai, de réelles difficultés à connaître précisément les effets de la catastrophe, du fait que ces effets, s'ils existent, sont dans de nombreux cas masqués par les occurrences spontanées de même nature. C'est notamment le cas tant pour les "liquidateurs"[1] que pour les populations concernées en Ukraine, Belarus et Russie, pour les leucémies et cancers autres que ceux de la thyroïde; c'est également le cas en France pour les cancers de la thyroïde. Les études épidémiologiques sont impuissantes à discerner les pathologies provoquées par les rayonnements parmi l'ensemble des pathologies observées[2]. Comment s'étonner, dans ces conditions, que certains attribuent à la catastrophe toutes les pathologies, alors que d'autres considèrent qu'on ne peut rien lui attribuer ?

 

Il existe cependant un domaine où le "bruit de fond" ne masque pas les conséquences de la catastrophe : il s'agit des cancers de la thyroïde des enfants nés avant l'accident dans les régions du Belarus, de l'Ukraine et de la Russie ayant subi de fortes retombées d'iode radioactif. Ces cancers d'enfants sont normalement rares, alors qu'une épidémie est apparue dans ces régions au bout d'un temps de latence de quatre années et se poursuit encore aujourd'hui. Selon le Comité Scientifique des Nations Unies sur l'effet des Rayonnements Atomiques (nous utiliserons le sigle anglais UNSCEAR[3]), ces cancers sont bien recensés et on en aurait dénombré 1800 à fin 1998. Une autre organisation internationale, le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires[4] (en anglais OCHA) a cependant publié, début 2000, un communiqué faisant état de plus de 11 000 cas, sans indiquer ses sources ; ce chiffre a été abondamment repris par les médias et le président de l'UNSCEAR s'est ému auprès du Secrétaire Général des Nations Unies d'une telle information, infondée selon lui[5]. Autant des opinions différentes pouvaient s'expliquer lorsque les effets de la catastrophe étaient indiscernables du bruit de fond, autant elles ne s'expliquaient pas dans ce cas ci. M.Kofi Annan a alors décidé d’organiser à Kiev, du 4 au 8 juin 2001, une troisième conférence sur les « effets sanitaires de l’accident de Tchernobyl », en y convoquant des représentants de l’ UNSCEAR, de l’ OCHA, de L’Agence Internationale de l’ Energie Atomique (AIEA) et de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), aux côtés d’organismes compétents des trois républiques concernées de l’ex-URSS[6]. Nous ferons part dans ce dossier des conclusions de cette dernière conférence.

 

A plusieurs reprises, la dernière en 1996, la SFEN a tenté de trier dans les informations données par les médias "le vrai, du faux et de l'incertain"[7]. Notre objectif ici est de rassembler et condenser du mieux possible les informations disponibles sur les causes et conséquences de cet accident en renvoyant le lecteur à des rapports plus détaillés et bien documentés. Nous nous appuierons essentiellement sur les rapports de l'UNSCEAR, dont celui d'avril 2001, , les conclusions de la conférence de Kiev, les bilans publiés par l'IPSN (aujourd’hui IRSN), les rapports du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), ainsi que sur des informations transmises par des médecins français en contact avec leurs homologues des pays contaminés[8].

 

              La prudence s’impose. La validation des données scientifiques, est une étape obligée de la connaissance des faits, est mal comprise de l'opinion Ces données, matière première de la théorie scientifique, sont acquises lentement, vérifiées, évaluées par les pairs, confrontées au doute systématique et organisées dans un ensemble cohérent par un jeu d'hypothèses annoncées[9]. Les scientifiques condamnent de manière stricte toute manipulation dans l'acquisition du fait expérimental (ou épidémiologique) qui sera transformé en donnée scientifique : ce point très sensible est l'occasion régulière de procès faits aux auteurs indélicats. Ces caractéristiques opposent évidemment la connaissance scientifique, résultat d'une procédure universelle, à l'information, qui n'obéit qu'à la bonne foi de ses auteurs dans les cas les plus favorables.

 

Le présent document est divisé en quatre parties.

- la première traite de l'accident proprement dit en s'étendant sur son déroulement et ses causes,

- la seconde rappelle les rejets de radioactivité, les contaminations, les évacuations de la population et les doses qui en ont découlé dans l'ex-URSS,

- la troisième expose les conséquences sanitaires connues à ce jour dans les pays de l'ex-URSS,

- la dernière a trait aux conséquences constatées dans d'autres pays d'Europe et particulièrement en France (contaminations, irradiations, risques sanitaires). Les problèmes de communication rencontrés dans le passé sont évoqués.

 

L'annexe rappelle les notions principales de radioprotection utiles à la compréhension du texte (définitions, unités, effets des rayonnements, niveaux d'irradiation courants).

 

 

Première partie :
l'accident et sa gestion technique

 

  1.1.      Le site et le réacteur

 

L'accident est advenu, lors d'un essai de sécurité mal conduit, sur la tranche la plus récente du complexe électronucléaire de Tchernobyl situé à un peu plus de cent kilomètres au nord de Kiev, capitale de l'Ukraine (2,6 millions d'habitants), et à une vingtaine de kilomètres au sud de la frontière du Belarus. Le complexe comportait quatre réacteurs du type RBMK en fonctionnement et deux en construction. Le refroidissement des réacteurs était assuré par l'eau d'un lac artificiel construit sur la rivière Pripiat, affluent du Dniepr.

 

La ville ancienne de Tchernobyl (12 500 habitants) se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud-est de la centrale et une cité nouvelle (Pripiat) de 50 000 habitants avait été construite à sa proximité (à 3 km) pour accueillir les personnels d'exploitation et leurs familles. Le pays, boisé, avait une faible densité de population (115 000 à 135 000 habitants au total dans un rayon de 30 km).

 

Les réacteurs du type RBMK ont été développés pour produire de l'électricité et, à la demande, du plutonium de qualité militaire. Certaines caractéristiques techniques en découlent, notamment le fait de placer le combustible dans des « tubes de force » pour permettre le déchargement du combustible, réacteur en marche, ce qui permet d'ajuster le taux d'irradiation de ce dernier à la valeur désirée. Cette technique permet aussi de réaliser des unités de grande puissance sans avoir à forger et à transporter de grosses cuves, opérations délicates que ne maîtrisait pas l’URSS à cette époque. Ces réacteurs n'ont jamais été exportés hors de l'URSS et étaient donc mal connus du monde occidental. Le premier de ce type a été construit à Obninsk en 1954 et le premier 1000 MW a été couplé en 1973 à la centrale de Leningrad.

 

Une des particularités de ces réacteurs est d'avoir un "coefficient de vide positif", c'est à dire que, si la proportion de vapeur s'accroît pour une raison ou une autre (crise d'ébullition locale ou globale par baisse de pression, cavitation des pompes, augmentation de température), la réactivité du cœur augmente. A forte puissance, ce phénomène est plus que compensé par le coefficient de température négatif du combustible, mais à basse puissance, le réacteur peut souffrir d'une réactivité instable.[10]

 

L'encadré ci-après résume ses principales caractéristiques techniques :

 

Le réacteur n°4 de Tchernobyl, d'une puissance nominale de 3200 MWth (1000 MWe), en service depuis décembre 1983 avec un excellent facteur de charge était formé d'un empilement de graphite (modérateur) de 12 m de diamètre et 8 m de hauteur (masse 8500t), traversé par 1660 tubes de force verticaux de 7 m de hauteur en zirconium allié à du niobium, d’épaisseur 4 mm, contenant le combustible (en tout 190 tonnes d'uranium enrichi à 2% sous forme d'oxyde) et 211 canaux pour barres de contrôle. Le combustible était refroidi par une circulation d'eau sous pression (liquide à 270° sous 82 bars à l'entrée des tubes de force, puis bouillante à 285°C sous 70 bars, avec un titre de vapeur de 14.5%) tandis que l'empilement était refroidi par un mélange d'azote et d'hélium. La vapeur produite faisait fonctionner deux turboalternateurs de 500 MWe.

 

1.2.        Le scenario de l'accident

Avant d'arrêter la tranche 4 de la centrale pour une période normale de maintenance, l'exploitant avait prévu d'effectuer dans l'après-midi du vendredi 25 avril, un essai déjà réalisé sur d'autres réacteurs RBMK, ayant pour but de vérifier qu'en cas de perte du réseau électrique extérieur, les systèmes de sauvegarde (pompes de circulation, barres de contrôle, alimentation des sectionnements, contrôle commande) pouvaient être alimentés par le turboalternateur en attendant leur reprise en secours par les diesels. Les essais réalisés précédemment avaient montré que le système de régulation de l'excitatrice devait être ajusté si l'on voulait maintenir une intensité acceptable le temps voulu pendant le ralentissement du groupe turboalternateur.

Plusieurs péripéties ont conduit à retarder cet essai. A la demande du répartiteur d'énergie de Kiev, la baisse programmée de puissance entamée le 25 avril à 1h06 du matin, a été interrompue à 14h, et le réacteur est resté alors à mi-puissance sur un seul turboalternateur durant neuf heures, ce qui a entraîné un empoisonnement Xénon du cœur, avec une distribution "à deux bosses" du flux axial des neutrons, très déprimée au centre[11], et très défavorable au plan de la stabilité cinétique. La réduction volontaire de puissance a repris à 23h10 jusqu'à ce que la valeur de 500 MWth soit atteinte le samedi 26 à 0h28. La puissance s'est ensuite effondrée (puissance neutronique nulle, puissance thermique 30 MW) lors du basculement, mal synchronisé par les opérateurs, du système automatique local de commande des barres au système global. Il en est résulté un empoisonnement Xénon accru. Or, pour réaliser l'essai, il fallait retrouver de la puissance et les opérateurs ont dû extraire presque toutes les barres de contrôle, ce qu’interdisaient les consignes.

A partir de ce moment (0h30) toute utilisation de l'arrêt d'urgence conduisait inéluctablement à l'endommagement du combustible, du fait de la mauvaise conception des barres de contrôle et sécurité : chacune d'elles était en effet munie d'un prolongateurs en graphite de 4.5 m de longueur suspendu à l'absorbant par une tige de 1.4 m qui, dès lors qu'elle était complètement extraite, repoussait en tombant une colonne d'eau de 1m de hauteur hors du cœur, augmentant ainsi la réactivité locale[12]. Parallèlement, les conditions thermodynamiques de l'eau ont été modifiées en mettant en service à 1h06 les huit pompes de circulation à fort débit en vue de refroidir le cœur pendant l'essai ; la marge de sous-refroidissement devenait très faible (3°C) et dès lors, toute augmentation de température ou toute diminution de débit entraînait l'ébullition en masse de l'eau située à l'entrée basse du réacteur, augmentant encore la réactivité.

A 1h23mn04s, les paramètres du réacteur étant stabilisés, l'essai prévu a été engagé par la fermeture de la vanne d'admission de la vapeur à la turbine ; le ralentissement du turboalternateur a entraîné celui de 4 des 8 pompes de circulation (les 4 autres étant reliées au réseau). L'accident a été déclenché à 1h23mn40s parquand l'opérateur quand il a appuyé sur le bouton d'arrêt d'urgence : l'insertion des barres, dont la chute était lente (20 secondes!) a entraîné une augmentation de la réactivité locale en partie basse du réacteur et l'énergie déposée dans une partie des combustibles a conduit à leur rupture brutale et à celle de quelques canaux. L'ébullition en masse de l'eau a ensuite engendré le passage du réacteur en situation de prompte criticité et la puissance a pu atteindre en quelques secondes cent fois la valeur nominale, soit 300 000 MWth !
300 000 MWth!

La reconstitution précise des phénomènes physiques et chimico-physiques qui sont intervenus est très difficile : interaction de l'oxyde d'uranium avec l'eau, provoquant la rupture des tubes de force, déflagration de l'hydrogène produit lors de la décomposition de l'eau par les structures métalliques portées à très haute température, soulèvement de la dalle supérieure portant les mécanismes de barres etc.

 

Les exploitants perçurent deux explosions successives, la seconde plus forte que la première, qui firent se soulever de 14 m la dalle supérieure du cœur (450 t) et conduisirent à la destruction des superstructures du bâtiment. Du combustible, des composants du cœur et des structures furent projetés sur le toit des bâtiments adjacents et sur le sol, entraînant un relâchement massif de produits radioactifs dans l'environnement. Les débris du cœur déclenchèrent une trentaine d'incendies sur les toits avoisinants (hall des machines et ce qui restait du bâtiment réacteur) et par des passages de câble menacèrent le réacteur n°3.

 

  1.3.      Les diverses causes de l'accident

 

C'est en août 1986, à Vienne, dans le cadre d'une réunion spécialement organisée par l'Agence Internationale de l' Energie Atomique (AIEA) que le délégué soviétique, Valery Legassov donna les premières informations sur l'accident. Il incrimina essentiellement des erreurs graves d'exploitation :

-  le non-respect des conditions de fonctionnement prévues pour le jour précédent

-  le viol des consignes de sécurité et la mise hors service de certaines sécurités automatiques.

 

Il souligna (à tort) que l'accident ne serait pas advenu si une seule de ces multiples défaillances n'avait pas eu lieu. Le directeur de la centrale et l'ingénieur en chef présent en salle de commande furent jugés coupables et condamnés à des peines d'emprisonnement.

 

Mais, en 1991, le rapport d'une commission du Comité d'Etat chargé de la sûreté nucléaire de l'URSS (CECSIN), présidé par le Russe Steinberg reconnaît enfin les défauts de conception des RBMK :

- l'existence de plages d'instabilité à basse puissance,

-  les vices de conception des barres de contrôle : leur temps de chute excessif (20 s contre 2 s dans les Réacteurs à Eau Pressurisée du monde occidental) et la présence de prolongateurs pouvant augmenter la réactivité du cœur au début de leur chute lorsqu'elles sont en position haute.

 

Volkov, de l'Institut Kurchatov, réhabilitera les exploitants en écrivant notamment : "L'ampleur de l'accident n'a donc pas été déterminé par des actions du personnel, mais par l'ignorance, principalement de la part des cadres scientifiques, de l'effet du titre en vapeur sur la réactivité du cœur des RBMK. Cette ignorance a conduit à mal analyser la sûreté de fonctionnement, à négliger les apparitions répétées de l'important effet des vides sur la réactivité pendant l'exploitation, à accorder une confiance abusive à l'efficacité du système d'injection de secours qui, en fait, n'a pu faire face ni à l'accident de Tchernobyl, ni à de nombreuses autres situations, et à formuler  naturellement des procédures incorrectes.

 

Cette insuffisance du niveau scientifique s'explique surtout par les raisons suivantes :

- le très petit nombre des études de physique neutronique des réacteurs RBMK,

- le fait d'avoir négligé les écarts dans les résultats obtenus par différentes méthodes,

-  l'absence d'études expérimentales dans des conditions proches des conditions naturelles.

 

Pendant longtemps le Ministère de l'Energie de l'URSS a exploité les RBMK avec des instabilités neutroniques sans prêter attention aux signaux inhabituels et répétés des systèmes de sûreté liés au niveau de puissance.(.) et n'a pas exigé d'enquêtes approfondies sur les situations d'urgence.

Nous sommes forcés de conclure qu'un accident du genre de celui de Tchernobyl était inévitable."[13]

 

L'absence d'enceinte de confinement résistante (contrairement aux REP français) est aussi mise en avant dans les pays de l'OCDE. Mais aurait-on pu en concevoir une capable de résister à un tel accident, spécifique des RBMK ?.

 

Plus évidente est l'absence de culture de sûreté dans le "système soviétique" qui prévalait alors :

  -plusieurs incidents précurseurs étaient survenus, dont le premier sur le réacteur RBMK de Leningrad, mais ils étaient restés confidentiels et aucun enseignement n'en avait encore été tiré.

-cet essai risqué n'avait fait l'objet d'aucune analyse préal