OCEANS
EVALUATION DU RISQUE DINTRODUCTION DESPECES INDESIRABLES PAR LINTERMEDIAIRE DES EAUX DE BALLAST DES NAVIRES Etude IFREMER de décembre 1999. Introduction De nos jours, larchitecture des bateaux ne leur permet pas de naviguer à vide. Pour cette raison, le lestage des navires se fait à leau de mer, avec un système de ballast. Les rejets deaux de ballast augmentent dans le plupart des ports du monde. Compte tenu des volumes considérables quils représentent parfois ainsi que du temps de transit raccourci des navires, la probabilité dune introduction réussie despèces animales ou végétales exotiques indésirables a toutes les chances daugmenter. Les navires sont maintenant reconnus comme principaux responsables dans lintroduction dorganismes non indigènes dune région du monde à une autre. Parmi ceux-ci, les organismes phytoplanctoniques et le risque que certains dentre eux font courir aux consommateurs, aux entreprises aquacoles, voire aux pêcheries côtières, ont motivé la rédaction de ce rapport. Après avoir abordé les aspects techniques de la mise sur lest dun navire et les conditions de transport de ces organismes, nous montrerons pourquoi et comment la communauté scientifique mondiale sest impliquée dans ce problème. Les ressources conchylicoles font souvent vivre la frange côtière et ce phénomène peut donc être considéré comme potentiellement grave. Une approche de lanalyse du risque écologique sera donc ébauchée. Les instances internationales qui travaillent sur ce sujet ainsi que les actions les plus diverses entreprises par les pays concernés seront ici passés en revue. A titre dexemple, une brève étude du trafic maritime charentais aux abords de zones de production conchylicoles très importantes permettra de mieux saisir les risques et enjeux qui se posent en France (réglementations, responsabilités, gestion portuaire, etc...). Létat des recherches techniques en cours dans de nombreux pays montre que lon peut aider les organisations maritimes pour leur prise de décision afin daboutir à des réglementations préventives, si nécessaire au cas par cas. Enfin la lecture de la liste informelle et non exhaustive qui tente de répertorier les efflorescences potentiellement toxiques rencontrées dans les pays industrialisés depuis une vingtaine dannées, permet de mieux comprendre les enjeux sous-tendus par une telle étude. 1 - RAPPELS FONDAMENTAUX SUR LE BALLASTAGE ET NATURE DU RISQUE 1.1. La technique de ballastage Lessentiel de ce chapitre est tiré de la publication A.Q.I.S. (1993). De tout temps, les navires ont utilisé du lest pour naviguer dans les meilleures conditions. Lépoque moderne a vu le remplacement des pierres et des gueuses métalliques par des liquides eau de mer, ~au douce, carburant. Ce qui était autrefois à fond de cale et pénible à déplacer occupe maintenant les réservoirs en divers endroits des coques, les systèmes de pompage permettant des réglages commodes, en pleine mer comme au port. Actuellement, le tonnage deau de ballast contenu dans les réservoirs dun bateau peut varier de quelques centaines à environ 80 000 tonnes deau de mer et les grands navires, en particulier les vraquiers, passent de 40 à 50 % de leur temps de navigation sur lest. Ils transportent les marchandises dans un sens et sont sur lest dans lautre. Les autres types de navires peuvent transporter de leau venant de une ou plusieurs origines car leur routes sont parfois très complexes (Nauke, 1995). Normalement, un cargo transporte jusquà 40 % de charge non marchande en eau de ballast, parfois plus par mauvais temps : il sagit déviter lemballement de lhélice ou les chocs de létrave, qui, sans charge suffisante, sortent de leau. La quantité deau de ballast transportée dépend du type de bateau: les grands vraquiers de 40000 à 250 000 DWT* transportent de 15000 à 100 000 t deau, les petits vraquiers de 15 000 à 40 000 DWT transportent de 6 000 à 15 000 t deau, les méthaniers de 5 000 à 125 000 m3 transportent de I 000 à 50 000 t deau, les RoRo et les porte-conteneurs de 4 000 à 40 000 DWT transportent de I 000 à 12 000 t deau les pétroliers de 15 000 à 110 000 DWT transportent de 4 000 à 35 000 t deau, les navires de passagers : très peu, des systèmes anti-roulis prenant de plus en plus le relais. Lutilisation optimale du système de ballasts présente les avantages suivants: a) Minimiser la consommation de carburant. Un navire de transport est calculé pour réaliser les meilleures performances lorsquil est en charge. Lorsquil ne lest pas, lutilisation de lest permet de le maintenir dans ses lignes deau optimisant ainsi le rapport vitesse/économie. b) Eviter les dégâts par gros temps : des structures pleines deau sont plus rigides face au choc des vagues. c) Maintenir un niveau de contrainte acceptable par les structures : une coque de cent mètres de long ou plus est sujette à des torsions ou des flexions considérables dans les grandes houles. 1.1.1. Types de ballast Ils sont de taille et demplacement variables suivant les types de navires de transport : vraquiers, porte-conteneurs, navires-citernes, minéraliers, chimiquiers etc... On peut distinguer les catégories suivantes (fig. 1): Extrémités (poupe et proue) : ces zones sont très renforcées car soumises à de gros efforts (cloisons, cornières, épaulements), Profonds (servant parfois de volumes de transport), Nota : DWT ou Dead weight tonnage, ou tonnage général en déplacement, totalisant le volume des cales, des machines et des logements. Latéraux et centraux : de un à trois mètres de large ils hébergent très souvent des éléments de structure importants (renforts longitudinaux), Latéraux supérieurs souvent de section trapézoïdale, ils participent à la rigidité de la coque et à sa liaison avec les ponts, Latéraux : souvent étroits et très profonds (toute la hauteur de la coque) ils sont caractéristiques des porte-conteneurs où la place disponible est comptée. De fond : double fond en fait. Ce sont les plus répandus. Ils sont souvent remplis par simple gravité (économie de pompage). Cest le cas des grands et petits vraquiers. La double coque est obligatoire pour les navires transportant des cargaisons sèches. Côtés de tunnel (de larbre dhélice) : ils sont difficilement accessibles et contiennent souvent les tuyauteries de pompage. Zones de cale spécialement aménagées pour accueillir des liquides (soutes). Elles peuvent servir de ballasts occasionnels. Elles sont utilisées par exemple par les petits vraquiers, au détriment des ballasts supérieurs, quand la cargaison est de faible gravité (transport du bois). Tous ces volumes sont construits autour des éléments de structure des coques : cloison de renfort, poutrelles longitudinales, épaulements divers. Ils sont donc riches en recoins et surfaces horizontales qui favorisent la décantation des eaux de ballast (fig. 2). Leur accès pour le nettoyage est donc difficile, les ouvertures étroites ne permettant de passer que du petit matériel. Or il faut lutter contre la corrosion qui affaiblit les structures, rendant le navire dangereux, diminuant sa durée de vie et sa valeur marchande. Cette corrosion extrêmement difficile à résorber, facilite la décantation des eaux de mer turbides. Un sédiment ainsi déposé et stable va favoriser la survie et la colonisation dorganismes marins indésirables aspirés lors des opérations de pompage. Les opérations dans ces zones nécessitent la plupart du temps larrêt du navire diminuant ainsi la rentabilité de celui-ci. Les protections sont variables, du simple badigeonnage à la construction aux peintures résistantes à limmersion prolongée. 1.1.2. Systèmes de pompage Ils sont généralement installés dans la chambre des machines. Sur les gros navires, ils sont logés dans une structure spéciale (tunnel). Ce sont des pompes et des canalisations qui aspirent de gros volumes (jusquà 3 500 m3/h) à faible pression (donc peu vulnérants pour les organismes indésirables). Les orifices daspiration sont munis de grilles destinés à arrêter les objets pouvant détériorer les pompes (mais sans effet sur les petits organismes vivants). Les ballasts sont généralement indépendants entre eux et ne peuvent donc être transvasés de lun sans lautre à lexception de ceux des extrémités et du système déquilibrage lors du chargement au port, ce qui ne concerne que des volumes réduits. 1.1.3. Pratique du ballastage et du déballastage En général, les petits vraquiers pompent de leau dans des ports peu profonds et cette eau est chargée en sédiments. Par contre les gros vraquiers salimentent dans des ports plus profonds (Rigby et ai., 1991). Lors de départs après déchargement, les capitaines qui préfèrent ballaster avec de leau propre sont obligés de prendre un minimum (pouvant aller jusquà 20 %) afin dêtre manoeuvrables, bien souvent dans les eaux très turbides des grands ports destuaires : Rhin, Elbe, Seine, Mississipi, Delaware, Yangtsé... Certains rincent leurs ballasts en haute mer (par ailleurs pauvre en organismes vivants) ce qui peut prendre deux à trois jours pour un gros navire et reste souvent impossible dans des conditions météorologiques difficiles. Les caboteurs ne le peuvent pas, les étapes étant trop courtes. Il faut dix huit heures pour vider (ou remplir) les 12500t de ballast dun transport de bois. Les déballastages sont, de plus, constants pour ajuster la pesée et lassiette au frêt pris aux escales. Afin de gagner du temps, la plupart des navires commencent à déballaster avant larrivée au port de chargement, dés que les conditions météorologiques le permettent. Cest le plus souvent dans les zones côtières abritées. Par exemple, en Irlande, les navires déballastent dès quils trouvent une opportunité et le plus rapidement possible car des produits comme le pétrole par exemple, sont chargés très rapidement. Dans ce cas précis, la quantité deau rejetée est plus importante que pour des bateaux transportant des produits chimiques ou des minerais. 1.1.4. Nettoyage des ballasts Il est nécessaire pour deux raisons: - Le sédiment accumulé diminue la charge utile : on trouve entre 5 et 10 cm dépaisseur de sédiment, dans les ballasts de fond principalement, ce qui correspond à plusieurs centaines de tonnes inutilement transportées. Cependant, ces ballasts de fond les plus employés, sont les plus difficiles à nettoyer. La plupart du temps, les ouvertures de drainage ne dépassent pas 50 mm de diamètre. Le seul nettoyage convenable est celui effectué en cale sèche où lon perce des trous dans la coque pour aider à lévacuation. Les moins bien lotis sont les petits cargos dans lesquels les ballasts sont limités, peu accessibles. En plus, les équipages de plus en plus réduits sont peu disponibles pour ce travail. - Il faut lutter contre la corrosion, car laisser la corrosion se poursuivre sur des éléments structurels peut affecter la sécurité du navire. Par contre, ce qui est possible à lair libre (coque, superstructures) devient difficile, pénible, incommode dans des volumes confinés, sans lumière, avec des surfaces développées considérables et des recoins multiples. Le danger dasphyxie à pénétrer et travailler dans ces espaces non aérés est à prendre en compte. En conclusion, le nettoyage se fait rarement car il est cher, improductif et incommode. 1.2. La présence dorganismes indésirables Ces prélèvements deau dans une zone côtière ou portuaire donnée sont une des occasions de transport vers dautres pays ou continents dorganismes vivantes (animaux : vers, mollusques, crustacés, poissons. Végétaux : macroalgues, phytoplancton, Bactéries, virus) dont certains sont indésirables, toxiques ou pathogènes. Cest notamment le cas du phytoplancton. Les courants océaniques sont les principaux disperseurs de phytoplancton et fonctionnent en continu, liés par des environnements hydrologiques similaires. De ce fait, les assemblages phytoplanctoniques se ressemblent. Les diatomées et les dinoflagellés océaniques ont sans doute eu grandement le temps de coloniser les niches qui leur convenaient. Par contre, pour les dinoflagellés estuariens dont les besoins nutritionnels sont compliqués, cette démarche semble plus difficile. En ce qui concerne les espèces productrices de kystes, lexplication la plus plausible de leur dispersion est donnée par les eaux de ballast ou les transferts de coquillages. De plus, depuis 20 ans, la taille et la vitesse des bateaux ayant augmenté et les zones côtières étant de plus en plus eutrophes, La transplantation des espèces sest effectuée de plus en plus efficacement (Hallegraeff et Bolch, 1992 Carlton, 1995). Enfin, il est possible que les dragages de ports et destuaires aient considérablement changé les hydrodynamismes locaux. Hallegraeff (1995) a résumé dans le tableau suivant, les différentes étapes quun organisme aquatique doit franchir pour arriver à sinstaller dans un biotope étranger : Tableau 1 : Etapes nécessaires pour la réussite dune introduction despèce marine via les eaux de ballast. Présence de lorganisme dans le port Pompage avec les eaux de ballast du navire Survie lors du pompage Survie dans les ballasts pendant la traversée Survie lors du déballastage Survie dans le nouvel environnement Lorganisme est capable de se reproduire et de sétablir dans son nouvel environnement Impact de lorganisme sur le nouvel environnement Cest lorsquun organisme se trouve dans les eaux dun port en formant un bloom quil peut éventuellement senkyster. En effet lors de la mise sur lest pendant un bloom de dinoflagellés, les australiens se sont aperçus que les kystes étaient plus fréquents dans les eaux de ballast et provenaient surtout de la colonne deau et non pas des sédiments remis en suspension (MUIIer, 1995). Une surveillance simple et efficace pourrait consister à surveiller les stades enkystés dun nombre limité despèces toxiques comme Alexandrium catenella, A. minutum, A. tamarense, Gymnodinium catenatum en zone tempérée et despèces comme Pyrodinium bahamense et Gambierdiscus toxicus dans les zones tropicales. Lors du pompage de leau dans le port, la survie de lorganisme dépend aussi de son mode de prolifération. Ainsi dans le cas dun bloom de Gymnodinium catenatum, du fait de lagencement en chaînes des cellules et de la nage serpentiforme qui en résulte, les dinoflagellés se trouveront répartis dans toute la colonne deau et de ce fait, pompés tels quels lors de la mise sur lest du navire (Rigby et aI., 1991). La mise sur lest lors dun bloom semble donc plus néfaste quune accumulation de sédiments dans le réservoir des bateaux (Rigby et Hallegraeff, 1994). Leau est pompée, plus ou moins chargée en sédiments selon le type de bateau et le port. Dès que ces sédiments sont stabilisés, la colonisation commence : crustacés, mollusques, kystes dalgues (toxiques ou non), microorganismes. La survie des espèces dans les ballasts dépend de nombreux facteurs: - toutes les espèces ne survivent pas aux conditions rencontrées pendant le transit, en particulier labsence de lumière, les variations de température et loxygène qui peuvent être extrêmes, le manque de nourriture etc... Selon les voyages et selon les espèces, chacun de ces paramètres peut devenir un facteur limitant (Wonham et ai., 1996 ; Gollasch et ai., 1995). - les chances de survie sont considérablement accrues chez les espèces qui ont un cycle de vie incluant soit des oeufs, soit des formes de repos (kystes ou spores), soit des stades larvaires ne se nourrissant pas, soit des stades capables de sadapter à une diminution de la nourriture (larves possédant de grandes réserves) ou prêts à retarder le moment de la métamorphose. Des cellules mobiles comme par exemple Alexandrium catenella, Dinophysis acuminata, D. fortll et D. mitra, Gymnodinium cf.breve, Gymnodinium cf. nagasakiense, Chatonella marina ne survivent pas dans les eaux de ballast plus de trois jours à cause du manque de lumière et du broutage intensif par le zooplancton (Rigby et Hallegraeff, 1994). Par contre, sils arrivent à produire des kystes de repos, ils peuvent survivre. En effet les dinoflagellés ont cette particularité de former non seulement des kystes de résistance, mais aussi des kystes temporaires (cycle végétatif). Ces derniers sont moins résistants que les précédents mais nont pas de période de dormance obligatoire et se forment lors de conditions défavorables (MùIler, 1995) Ces kystes jouent un rôle très important dans le cycle de vie des dinoflagellés, car étant présents dans le sédiment, ils facilitent le rétablissement despèces et leur extension géographique (Sonneman et HiII, 1997). Gymnodinium catenatum entre autres espèces a la capacité de former deux cellules opposées qui saccolent pour former un zygote. Celui-ci sentoure iune membrane épaisse calcifiée appelée spore de repos lorsque la température, la salinité ou la lumière viennent à se modifier (Rigby et ai., 1991). Alexandrium tamarense peut rester au repos pendant 6 mois sous la forme de kyste de repos. Il ne germe que lorsque les conditions redeviennent favorables. De fait tous les kystes dAlexandrium, Gymnodinium catenatum et Pyrodinium bahamense peuvent rester viables pendant 10 à 20 ans (Mùller, 1995). Mac Donald et ai. (1995) estiment également, daprès les résultats de son étude, que les kystes sexuels sont très bien adaptés au transport dans les ballasts et quils peuvent survivre dans de mauvaises conditions grâce à leur paroi de sporopollenine. Notons que dautres espèces appartenant aux diatomées (Chaetoceros spp.), aux cyanophycées et aux chrysophycées ont elles aussi des stades de repos (Mùller, 1995). De nombreuses espèces aquatiques survivent au transport dans les ballasts (Mùller, 1995; Kelly, 1993): des bactéries des diatomées : Coscinodiscus spp. Nftzschia spp., Rhizosolenia spp., Skeletonema costatum, Chaetoceros spp. des dinoflagellés : Gymnodinium spp., Katodinium rotondatum, Polykrikos spp., Protoperidinium spp. sous forme de kystes. des phytoflagellés : prasinophycées et euglénophycées. des protozoaires et des métazoaires : cnidaires, annélides, arthropodes, crustacés, mollusques bivalves et poissons. Des espèces (bactériennes et phytoplanctoniques) potentiellement toxiques ont également survécu lors de voyages maritimes dont les origines et destinations étaient connues et sont précisées ci-dessous: Espèce Port dorigine Port de destination Clostridium botulinum et Amérique du Sud Golfe du Mexique Vibrio cholerae Pseudonitzschia pungens Japon Canada kystes dAlexandrium Japon Australie catenella et A. tamarense kistes de Gonyaulax ? Australie Mc Donald et ai. (1997) ont constaté que les espèces phytoplanctoniques étaient plus cosmopolites que les espèces zooplanctoniques. Dun point de vue technique, on estime que les soutes des navires contiennent à priori plus de kystes vivants que les ballasts de fond, latéraux et supérieurs. Dautre part, les variations de température parfois très importantes se ressentent plus dans les ballasts à double paroi du fond que dans les ballasts supérieurs. Enfin, daprès Mac Donald et ai. (1998), le nombre de kystes varierait selon le type de navire : un tanker transporte plus de kystes que des vraquiers de cabotage. A côté de cela, ces auteurs ne semblent pas remarquer de différence selon les saisons. Daprès Hallegraeff (1993), la diatomée Odontella sinensis a été remarquée dans les eaux européennes il y a 90 ans. Bien connue des eaux tropicales et subtropicales de llndo Pacifique, elle est arrivée dans le Nord de lEurope, sans doute dans les eaux de ballast comme la suggéré Ostenfeld. Heureusement, elle na entraîné aucun préjudice notable. Lorsquune espèce arrive et sinstalle avec succès, elle supplante souvent une autre espèce. Plusieurs bouleversements peuvent être attendus. sécrétion de phycotoxines dans le cas de certains dinoflagellés. Ces toxines sont dangereuses pour la santé publique et préjudiciables au commerce des coquillages, compétition pour la nourriture, diminution de stocks de poissons, effets néfastes pour les utilisateurs du littoral. Comme nous allons le voir, plusieurs cas dintroduction dorganismes non-indigènes ont abouti à de véritables catastrophes écologiques (Wyatt et Jenkinson, 1997; Nauke, 1995). 1.3. Quelques exemples 1.3.1. Les dinoflagellés toxiques en Australie Ce sont les australiens qui ont prouvé les premiers le phénomène de transfert de dinoflagellés toxiques par les eaux de ballast. Les dinoflagellés toxiques Gymnodinium catenatum et Alexandrium catenella, originaires du Sud-Est de lAsie, se sont installés dans des zones de forte production aquacole et ont depuis lors, entraîné de très nombreuses fermetures de zone suivies de pertes économiques importantes pour les entreprises aquacoles. 1.3.2. La moule zébrée dans les Grands Lacs américains Les Grands Lacs sont soumis à un trafic maritime intense et ils reçoivent les eaux de ballast denviron 1000 navires dans lannée. Dreissena polymorpha, accidentellement introduite par les eaux de ballast dans cette région, a proliféré et causé des dégâts très importants dans de nombreuses canalisations et dans des stations de pompage. 1.3.3. La méduse Mnemiopsis en Mer Noire Mnemiopsis Ieidyi a été transportée vraisemblablement dans les eaux de ballast des vraquiers faisant la navette entre lAmérique du Nord et la mer Noire (et la mer dAzov). Elle a provoqué leffondrement des stocks de harengs et de sprats par consommation intense du zooplancton. Labondance de zooplancton aurait diminué 3 à 5 fois depuis linvasion et les prises de poissons sont passés de 600 000 tonnes à 100 000 tonnes aujourdhui (Le Monde 11/06/1997). Cette méduse sétait aussi installée en Méditerranée. 1.3.4. Lalgue brune Undaria en Nouvelle Zélande et en Tasmanie Undaria pinnatifida sest installée dans le port de Wellington discrètement et na été découverte que lorsquelle a été bien établie. Bien que de grande taille et très visible, elle sest largement répandue pendant environ cinq ans. Cette algue a également fortement perturbé des pêcheries dormeaux en Tasmanie. 1.3.5. Autres espèces indésirables A cette liste, nous pouvons rajouter le ver parasite nématode Anguillicola crassus qui sest répandu à travers lEurope, causant de sérieux préjudices aux pêcheries, lalgue Caulerpa taxifolia dont larrivée accidentelle en Méditerranée (vidange daquariums) a été probablement suivie dune dissémination par les bateaux dans toute la région, le crabe Eriocheir sinensis qui affecte les pêcheries et abîme les digues, le ver Marenzella viridis qui exerce une compétition féroce sur Nereis diversîcolor et représente à lui seul parfois la quasi totalité de la biomasse macrobentique, la bactérie responsable du choiera Vibrio cholerae 01 sérotype lnaba, biotype El tor que lon a retrouvée dans les eaux de ballast de cinq navires différents (ballast, cale et effluents). Larrivée récente de Coscinodiscus wallesll en Mer du Nord savère également très ennuyeuse car cette diatomée colmate les filets des pêcheurs. Enfin la découverte récente de la moule zébrée dans les environs de la rivière Shannon en Irlande inquiète les scientifiques. Dautre part les Américains sont très préoccupés par lévolution de la baie de San Francisco, au sein de laquelle de très nombreuses espèces étrangères se sont installées en quantité relativement importante. Ces espèces, au nombre de 234, dominent actuellement la plupart des associations biotiques de lécosystéme. En particulier, la petite palourde Potamocorbula amurensis consomme tant de plancton quelle perturbe lensemble de la chaîne alimentaire. Le taux dinvasion est en accélération et il semble que ce soit la zone la plus perturbée du monde de ce point de vue (Cohen et Carlton, 1998). 2 - FACTEURS DE RISQUE 2.1. Nature des espèces indésirables et risques induits. Cest en premier lieu laugmentation alarmante des apparitions de phénomènes de PSP (Paralytic Shellfish Poison, onze espèces productrices) et la prise de conscience des scientifiques australiens qui a permis de faire réagir la communauté scientifique et maritime internationale. Alexandrium et Pyrodinium (espèces très proches) sont actuellement parmi les pires fléaux issus du monde marin. ils possèdent des neurotoxines puissantes qui saccumulent dans les bivalves et agissent sur lhomme en bloquant le transfert du sodium, ce qui provoque des paralysies. Ils sont donc préjudiciables à tout commerce de coquillages. Ils atteignent également les poissons, les oiseaux et les cétacés. Alexandrium est confiné des régions boréales aux régions tropicales dans les deux hémisphères tandis que Pyrodinium se trouve plutôt dans lOuest de lOcéan Indien et dans lEst du Pacifique. Jusquen 1970, les intoxications étaient cantonnées dans les eaux tempérées de lEurope, de lAmérique du Nord et du Japon. Vers 1990, lon commence à en parler dans lhémisphère Sud (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande, Inde, Thaïlande, Bornéo, Philippines et Nouvelle Guinée) car ces épidémies affectent sérieusement les populations de zones délevage de plus en plus vastes. Il est certain que le meilleur niveau de connaissance acquis par les scientifiques a abouti à une surveillance plus efficace qui fausse un peu la perception. Cependant lon sait avec certitude que les déséquilibres en apports nutritifs sur les côtes stimulent de plus en plus efficacement les booms (Hall~graeff, 1995). Le déplacement des dinoflagellés estuariens exotiques par transferts de coquillages et par eaux de ballast constitue évidemment un inoculum supplémentaire. 2.1.1. Santé publique Si lon met à part le maintien des activités économiques côtières (pêche et aquaculture), le principal souci des autorités concerne les problèmes de santé publique. En ce qui concerne les dinoflagellés et diatomées marins, les effets occasionnés sur les êtres humains par les quatre grands groupes de toxines quils produisent sont : - blocage des canaux - sodium : PSP et toxine ciguaterique, - activation du sodium : NSP (Neurotoxic Shellfish Poison), - troubles neurologiques parfois très importants : ASP (Amnesic Shellfish Poison) et toxine de Pfisteria, - effet sur les membranes intestinales : DSP (Diarrhetic Shellfish Poison). En effet, la multiplication des événements toxiques, avec émergence de nouvelles espèces (Pseudonitschia cf. pun gens et Pfisteria piscicida) et la répartition mondiale du PSP sont impressionnantes.. Les proliférations des dinoflagellés toxiques producteurs de PSP tels que Alexandrium spp., Gymnodinium catenatum et Pyrodinium bahamense sont liées au temps de survie de leurs kystes dans les sédiments. Ces derniers sont remis en suspension dans la colonne deau au gré des saisons et provoquent des blooms récurrents dans des zones eutrophes. La difficulté de gestion de ces risques tient au fait que le niveau acceptable de PSP (ou DSP) varie suivant les pays concernés et que les méthodes de détection ne sont pas homogènes ou validées. De plus, le risque varie suivant lespèce de bivalve étudiée. Ainsi dans le Maine, un véritable programme de surveillance de PSP est mis en place davril à octobre de chaque année sur des coquillages divers et de façon très rigoureuse, par découpage de zone (Shumway et ai., 1995). La connaissance de lhistorique des apparitions dune espèce sur un lieu donné permet dadapter es diverses stratégies de fermeture possible et de limiter le préjudice causé aux entreprises aquacoles. Larrivée de nouvelles espèces par les voies que lon suppose (transferts de coquillages, déballastage) remet en cause les seuils, limpact sur les coquillages (donc sur les consommateurs) puis les pratiques pour garantir la santé publique et limiter les pertes de cheptel. 2.2. Survie des espèces phytoplanctoniques. Formation de kystes. Sur ce phénomène, la littérature est plus restreinte, les observations ont essentiellement porté sur es conditions météorologiques et sur lappauvrissement en sels nutritifs. Cependant une étude menée dans lAber Wrach après un bloom estimai à plus de 55 millions de cellules au litre dAlexandrium minutum a permis de définir trois processus essentiels régulant le déclin iun bloom: la dispersion physique liée aux conditions météorologiques et lamplitude des marées, le broutage par les ciliés, la modification des facteurs nutritifs qui indiquent le passage à une stratégie de survie, le kyste. Cela se traduit par lapparition dune phase sexuée (ou gamétogénèse) dans le cycle biologique de espèce représentant la perte potentielle de la division cellulaire de la population. Linduction de la reproduction sexuée est liée à laugmentation du rapport glutamine/glutamate qui indique un changement métabolique intracellulaire dû à une carence nutritive, notamment en azote. On peut cependant dégager certaines constatations : Alexandrium minutum, espèce dangereuse puisque toxique et paralysante, est présente sur les côtes françaises, atlantiques et méditerranéennes, Alexandrium minutum croît relativement vite, il lui faut au minimum deux jours dans les meilleures conditions pour se diviser ou pour se désenkyster, Alexandrium minutum maintient sa présence sous forme de kystes dans les sédiments. Ces kystes peuvent être entraînés vers de nouvelles eaux et germer quand les conditions du milieu sont de nouveau favorables. Cet épisode est important puisquil permet que cette algue contamine dautres eaux ou bien sédimente en partie dans une zone qui, par la suite, est considérée comme zone à risque. Tel est le cas de la baie de Morlaix où les apparitions fréquentes deaux colorées ont pu être reliées à la concentration des kystes dans le sédiment. Le piégeage des kystes par le sédiment semble donc jouer un rôle important, rôle encore amplifié quand on sait que des kystes peuvent être présents dans les boues transportées dans les cuves de navires. Hallegraeff & Bolch (1991 et 1992), ont prélevé jusquà 300 millions de kystes de dinoflagellés dans les eaux de ballasts de certains navires. En outre, ces auteurs ont également démontré que lapparition dans les eaux tasmaniennes dun dinoflagellé toxique, au cours de ces dernières années, a correspondu au développement de lindustrie du bois sur lîle : le trafic des navires en provenance de sites vraisemblablement contaminés à contribué à la libération de kystes autour de lîle à partir des eaux de ballasts. Lenrichissement des eaux en espèces toxiques peut non seulement être aggravé par lintensification des communications mais également par le transfert de coquillages, qui est certainement un des facteurs daugmentation des événements toxiques. En effet les coquillages peuvent stocker in situ, dans leur cavité intervalvaire, dans leurs écailles extérieures (huîtres) ou bien dans lenchevêtrement de leurs byssus (moules) des cellules ou des kystes revivifiables. Devant la complexité des contaminations suspectées, une attention accrue devra être accordée à cette algue. En effet la tendance est à lextension des apparitions. 2.3. Les efflorescences phytoplanctoniques toxiques dans le monde Afin de ne pas alourdir le texte, les évènements toxiques que nous avons pu recenser, très nombreux, ont été reportés en annexe 1. On peut constater quaucune partie du monde nest à labri de ces phénomènes, que les activités de ballastage ne font quaggraver. Beaucoup dévénements semblables passent inaperçus, faute dêtre surveillés ou reportés ce qui ajoute à la difficulté dun recensement. 2.4. Les périodes dapparition despèces potentieilement toxiques En France, les deux espèces posant de réels problèmes de santé publique sont Dinophysis spp. et Alexandrium minutum. Des études sur la répartition de kystes dAlexandrium minutum dans les sédiments bretons ont révélé lextension des zones touchées. Ainsi en 1990, 2 zones étaient sensibles (Lannion et Morlaix). En 1996, les kystes sont retrouvés dans 8 zones, de la Rance à lAber Benoît. Lextension des zones sensibles est liée directement à la fréquence et à la concentration des kystes dans ces régions. En 1997, il faut noter la présence de cellules végétatives de cette même espèce dans les Pertuis Charentais. Aucune étude sur les kystes na été effectuée dans cette région. En 1998, linstallation de cette espèce dans la Rance est préoccupante (fermetures de zones probables). Le problème réside également dans le fait que les kystes pourraient être plus toxiques que les cellules végétatives. Ainsi, les chercheurs américains ont découvert que les kystes dAlexandrium tamarense étaient dix fois plus toxiques que les cellules libres (Erard-Le Denn, 1998). La raphydophycée Heterosigma akashiwo néfaste pour les élevages de poissons est de plus en plus fréquente sur la côte atlantique. Les diatomées du genre Pseudonitzschia, dont plusieurs espèces sont productrices de toxine ASP, sont fréquentes en été en Atlantique et Méditerranée depuis quelques années et ont également fait une apparition remarquée en Manche en 1998. Certes, il ny a à ce jour aucune relation établie entre ces développements ou apparitions et les eaux de ballast. Mais rien ne permet daffirmer que ce qui sest avéré le long des côtes australiennes ie peut pas se produire en Europe. Létude du trafic maritime dans les ports charentais (cf. chapitre E) nincite guère à loptimisme. 2.5. La sensibilité écologique et économique du milieu récepteur De plus en plus de pays se tournent vers laquaculture, en alternative à la pêche, mais augmentation de laquaculture participe vraisemblablement au nombre croissant des épisodes de toxicité et à linstallation de certaines espèces (cas du Chili) par enrichissement des eaux. A côté de cela, ces élevages sont sensibles à un nombre croissant despèces toxiques. Le développement de aquaculture dans la zone côtière devient alors une activité à haut risque, le transfert dorganismes hytoplanctoniques toxiques au sein des cheptels entraînant la fermeture des zones et des entreprises. Les pertes induites par les développements de blooms dans la zone côtière sont très importantes car elles affectent les aquaculteurs ou les pêcheurs, les détaillants, les restaurateurs et autres entreprises touristiques. A cela il faut ajouter les coûts de maladies et les pertes de salaire, le coût de a surveillance de leau et les produits de la mer et le coût associé à la communication vers le grand public. Cette information peut avoir des conséquences négatives car bien souvent la demande des consommateurs chute drastiquement du fait dune perte de confiance à légard du produit. Le niveau réel du risque est en effet mal perçu par le public, malgré des informations précises sur les zones touchées et les risques encourus. Le consommateur a souvent du mal à relativiser et sa réaction est ;ans appel. Il serait nécessaire de quantifier les pertes consécutives à un événement toxique et de les comparer au coût réel dû à cet événement (Wessels, 1995). Cependant, Shumway (1990) pense que :es pertes sont très variables selon lespèce et selon le lieu considéré (temps de rétention des toxines ,lus ou moins long). Elle fait état de pertes allant de 0,63 millions $ (C. virginica, C. gigas, Ostrea ~duIis + Protogonyaulax) à plus de 27 millions $ (Crassostrea virginica + Ptychodiscus bre vis). Laquaculture française est certainement lactivité qui souffre le plus des proliférations algales oxiques, du fait des fermetures (méventes) ou des mortalités de cheptel. La production nationale dhuîtres creuses aurait atteint 147 000 tonnes en 1997 représentant I 300 \AF de chiffre daffaires. Pour les moules, la production a dépassé 60 000 tonnes (500 MF). Enfin la production de poisson iaquaculture représente 5 700 tonnes (259 MF) Toutes ces données proviennent du Service dEconomie Maritime IFREMER (S.E.M.). Les deux bassins conchylicoles de Charente-Maritime produisent 36 000 tonnes dhuîtres creuses st 15000 tonnes de moules (10 MF de chiffre daffaires, 8000 emplois directs). De plus, les vastes estrans (slikkes, bancs de sable) sont lobjet dune pêche récréative très importante, notamment aux périodes de congés (huîtres mais surtout palourdes et coques) qui constitue lun des principaux attraits touristiques de cette région. Un secteur mytilicole fermé en fin de printemps entraîne des pertes de chiffre daffaires pouvant atteindre plusieurs milliers de francs par jour: les charges demeurent (personnel, emprunts, etc...) et il ny a plus de rentrées. En 1995, lefflorescence de Gymnodinium mikimotoi sur les côtes vendéennes a provoqué dimportantes mortalités sur les élevages de moules de Noirmoutier (800 t soit 100 % sur les bouchots de la Guérinière). 3 - ANALYSE DU RISQUE (daprès Hayes, 1995 ; A.Q.I.S., 1994 ; Concerted (Action Plan 94-98) 3.1. Définition de lanalyse du risque en écologie Lanalyse du risque consiste à évaluer la probabilité dun événement nuisible en réponse à une activité ou une action (ou pas daction). Le Quantitative Risk Assessment (QRA) est une procédure logique, rigoureuse et interactive de lanalyse du risque qui peut se définir comme lévaluation quantitative de la vraisemblance dévénements indésirables, de dégâts et de nuisances. conjointement à des jugements de valeur sur la signification de ces résultats. La force du QRA réside non pas dans son objectivité, mais plutôt dans sa faculté à traiter les côtés subjectifs. Appliqué depuis longtemps au contexte industriel avec succès, il commence à être envisagé pour les problèmes décologie. Cinq stades caractérisent le QRA: - lidentification des risques ou événements indésirables potentiels - lanalyse de la fréquence ou de la vraisemblance dapparition de ces événements - la validation des effets ou impacts quoccasionneraient ces événements - le calcul du risque, produit de la probabilité de lévénement indésirable et de ses conséquences - un examen de la signification des résultats dans un plus large contexte social, économique et politique Dans lanalyse du risque de type écologique, le but recherché nest pas aussi clair que dans lanalyse du risque en milieu industriel (où la limite est constituée par un décès ou des blessures). Cela peut être par exemple lélimination dune espèce commerciale ou encore une diminution de la production primaire ce qui est mesurable ou non. Quantifier des risques au sein de systèmes biologiques multivariables est assez difficile, en particulier à cause des notions de stochasticité1, de complexité et de causalité. 3.2. Proposition de définition de lanalyse du risque pour les eaux de ballast Dans ce domaine, pour quantifier les probabilités de survie, lanalyse du risque devra conduire à la mise en oeuvre de dispositifs pour empêcher lintroduction despèces, ou tout du moins en minimiser le risque. La probabilité de linstallation despèces étrangères est en effet censée augmenter avec la quantité croissante deau de ballast, la réduction du temps de transit des navires et peut être aussi les changements hydrodynamiques locaux (Rosenthal et ai., 1997). Pour mesurer le risque lié à lintroduction dorganismes indésirables par les eaux de ballast, il faut mettre sur pied une méthodologie danalyse de risque écologique permettant de mesurer lefficacité des mesures de gestion. On pourrait imaginer une synthèse entre toutes les études menées par lU.S. Environmental Protection Agency dans ce domaine et les méthodes habituellement utilisées dans le nucléaire et lindustrie chimique. Une approche de type QRA serait utilisée par cette Agence avec la question suivante en exergue Quelle est lefficacité des stratégies daménagement des eaux de ballast en terme déchec de cette stratégie et des conséquences de cet échec ? Une approche effectuée en ces termes permettrait de définir les coûts de la gestion et des aménagements à apporter. Dans la problématique qui nous intéresse, le réservoir du bateau est une entité tout à fait intéressante et relativement bien définie, où les paramètres sont quantifiables. Une analyse des séquences va donc permettre de définir les composants biotiques et abiotiques du réservoir. La dynamique dune espèce P sexprimera sous la forme : P = P0 exp [(b-d)t] avec P0 : inoculum, soit le nombre dindividus ramenés à bord lors de la mise sur lest durée du trajet taux de multiplication instantané des organismes introduits I : taux de mortalité instantané des organismes introduits Il faudrait incorporer à cette équation les interactions proie - prédateur, les interactions trophiques et toutes sortes de variables dépendantes et indépendantes. Si lon fait en plus intervenir un traitement chimique ou physique des eaux de ballast dans le navire ; cest une stratégie de contrôle. Il devient un paramètre environnemental supplémentaire dont le but est léliminer les espèces non indigènes. Le coût pour les compagnies maritimes sera plus élevé mais le risque environnemental sera réduit. Selon Carlton, lorganisation et la mise en place du contrôle des eaux de ballast risquent dêtre longs (des dizaines dannées). Pour exemple, la conférence sur les pollutions par hydrocarbures a eu jeu en 1920 et les accords internationaux ont abouti en 1985. Il serait donc judicieux que les pays qui nont pas encore eu à faire face au problème prennent des mesures de précaution en instituant par exemple des guides de conduite volontaires pour les cargos, une certaine prudence dans les zones de production, des déballastages en eau profonde, des changements deau en haute mer etc... I. LA GESTION DU RISQUE 4.1. Au niveau international 4.1.1. Sous légide du CIEM (ICES) Au sein du Conseil International pour lExploration de la Mer (ICES), des groupes de travail spécifiques se sont mis en place. - VGITMO (Introduction et transfert dorganismes marins) : se réunit chaque printemps dans des pays concernés. - VGHABD (Dynamique des blooms algaux toxiques) : se réunit après le WGITMO au même endroit - GBWS (Eaux de ballast et sédiments) : créé depuis peu, se réunit juste avant le WGITMO et le VGHABD. - ACME : Comité consultatif pour lenvironnement marin. - IOC : Commission océanographique internationale. 4.1.2 - Sous légide de lONU Organisation maritime internationale (IMO) siège à Londres. Cest lagence spécialisée des Nations Unies qui est en charge des affaires maritimes. Son but est daméliorer la sécurité et de prévenir la pollution marine (siège à Londres). LIMO est chargé notamment de trouver des règles appropriées pour éviter la dissémination despèces non-indigènes et pour cela doit se mettre en relation ses divers comités avec dautres instances (voir ci-dessous). Une série de réglementations se net en place qui servira de base à une nouvelle annexe de la Convention internationale sur la pollution narine (MARPOL). Le Comité de Pollution de lEnvironnement Marin de IIMO, le MEPC, soutient activement les pays es plus impliqués dans la problématique Eaux de ballast. Quatre cas dinvasion spectaculaire paragraphe B 1) ont convaincu le MEPC quil fallait réduire les transferts. Le peloton de tête est constitué par lAustralie, le Canada, la Nouvelle Zélande et les Etats Unis appuyé par les pays de la 3altique, lAllemagne, la Grande Bretagne et quelques autres pays. Le Comité a donc mis en place une série de recommandations. Les diverses options pour minimiser lincidence et lintroduction dorganismes indésirables sont listées dans son chapitre stratégies. un y trouve en particulier léchange du lest en pleine mer, les problèmes de sécurité et tous les traitements possibles des eaux et sédiments de ballast (cf. G 1). Le comité de la Sécurité Maritime a pour mission, quant à lui, dexaminer la partie sécurité dans la stratégie changement du lest en pleine mer. Le 31 décembre 1997, le MEPC a établi un questionnaire permettant à lIMO de recueillir des informations sur les modes de contrôle des eaux de ballast effectués par les pays (ou par les autorités portuaires) de manière individuelle. Un modèle figure en annexe 2. LlMO doit aussi mettre en place des supports pédagogiques, coordonner la recherche en matière deaux de ballast, établir une banque de données sur les avancées techniques et développer les liens avec dautres informateurs, par exemple les scientifiques chargés de la surveillance des blooms côtiers (Nauke, 1995). Commission Océanographique Internationale (IOC) dépend de lUnesco. Doit assister les états membres, en cas durgence ou de catastrophe, et joue de ce fait un rôle primordial dans la préparation des plans durgence. Ses compétences portent sur lévaluation des situations à risques et effets sur la santé de lhomme notamment. Elle est concernée par les eaux de ballast pour ce qui est de la dissémination de maladies infectieuses. Comité des Pêcheries Européennes de la FAO (EIFAC) protection des ressources marines vivantes de la pollution. Assistance possible pour les pays en voie de développement dans le domaine halieutique. Protection des ressources vivantes en cas de pollution. Programme des Nations Unies pour lEnvironnement (UNEP) il peut être contacté en cas de pollution massive. Son expertise concerne les études dimpact (sur lhomme, lenvironnement), les mesures à prendre pour limiter les conséquences dun accident, la surveillance de lenvironnement après lincident. Organisation Internationale pour le Travail 4.1.3. Actions collectives En ce qui concerne la gestion du risque
dintroduction despèces non indigènes, des
études sont nécessaires. Elles sont centralisées dans
le Plan dAction Concerté (International), lequel
est mené conjointement par les membres des centres de
recherche et lIMO, la coordination étant assurée
par le Dr Rosenthal de lUniversité de Kiel. Ce Plan comprend: * une évaluation des diverses méthodes
déchantillonnage utilisées par les Etats membres
pour leurs études, * la validation par intercalibration
des méthodes déchantillonnage, pour déterminer
les capacités de survie des organismes, * le
développement de systèmes de surveillance
intercalibrés permettant une utilisation par de nombreux
acteurs gouvernementaux comme le CIEM, le BMB (Baltic
Marine Biologists), IIOC et lIMO. De plus il devra étudier lhistorique et les
diverses conditions de transmission afin
dentériner déventuels traitements et
attirer lattention du public, des structures
gouvernementales, portuaires, et scientifiques. La coopération entre les groupes de travail du CIEM
(WIGTMO et WGHABD) et les organisations maritimes (IMO)
et océanographique (IOC) est essentielle. Une journée
annuelle les regroupant sur les problèmes deau et
de sédiment de ballast semblait nécessaire (elle
sest tenue en 1997 à La Tremblade). LEurope vient également de monter le Plan
dAction Concerté sour la direction de
lAllemagne. Le détail est présenté au chapitre D
(Europe). 4.3.1.3. Stratégies déchantillonnage Dautres problèmes tels que les stratégies
déchantillonnage dans les réservoirs à ballast
sont à harmoniser et cest le but recherché par
les australiens et le programme européen à travers le
questionnaire envoyé en 1997. Ils pensent également que
cet échantillonnage serait plus efficace sil
était fait avant ou pendant la mise sur lest dans le
port de départ. En plus dun échantillonnage sur
leau il faudrait envisager une stratégie
déchantillonnage sur le sédiment à cause de la
sédimentation des kystes. Il faudrait également mettre au point des tests de
détection rapide des kystes, car ils sont quasiment
inexistants (Schoiin et ai., 1995). Notons cependant le
test fluorescent pour la détection des kystes
dAlexandrium mis au point par Yamaguchi et ai.
(1995). La présence de kystes, en particulier ceux
dAlexandrium minutum a été mise en évidence par
incubation des sédiments. Leur revivicence sest
faite sur des milieux appropriés, mais parfois après
six mois, période correspondant à leur temps de
dormance obligatoire. 4.3.1.4. Survie des espèces Des études expérimentales en laboratoire sur la
survie des espèces trouvées dans les eaux de ballast
avec les réponses physiologiques de ces espèces
voyageuses (alimentation, reproduction en labsence
de lumière, réactions aux changements de température)
seraient également nécessaires car elles sont
insuffisantes. 4.3.1.5. Dynamique des populations La dynamique des populations phytoplanctoniques
intervient dans le processus consécutif à
larrivée dune espèce non indigène. Dans le
cas dAlexandrium minutum, selon Wyatt et Jenkinson
(1997), il faut un nombre nécessaire et suffisant de
kystes pour générer un bloom. A la fin de la période
de dormance qui peut durer six mois (analogue à la
diapause chez les insectes), le cycle peut se dérouler
selon le scénario suivant (figure 15): Chaque année, sans doute en réponse à une horloge
interne, quelques kystes éclosent et fournissent
linoculum pour la formation du bloom. Il y a
visiblement un rythme saisonnier marqué que lon
retrouve également en laboratoire. Les kystes peuvent
rester viables pendant dix ans. Il est suggéré par les
chercheurs que les conditions expérimentales exercent
une influence sur la germination des kystes mais que les
facteurs génétiques assurent le contrôle final. Les
gisements de kystes mettent probablement des années à
se constituer et les phénomènes dadvection (cas
des rias espagnoles) permettent sans doute
linitiation de blooms dans des régions où le
nombre de kystes est faible. Plus la profondeur est
faible, moins le nombre de kystes nécessaire pour
fournir un inoculum assurant une dispersion uniforme des
cellules est important. Les dynamiciens pensent quune colonisation
efficace après introduction dépend dabord des
conditions favorables rencontrées par lorganisme
pour assurer sa croissance (sinon linoculum
sépuise rapidement) en liaison avec le cycle de
vie propre à lespèce puis de la pression entre
les formes végétatives qui se développent dans le
milieu (pression de propagule). Lorganisme candidat
doit passer un certain nombre détapes pour arriver
à sétablir dans une zone donnée. Des
connaissances sur lhydrodynamique dune zone
comme le régime local de marées et la nature des
courants par exemple peuvent permettre de prévoir
linstallation dAlexandrium. Bien quil
ny ait pas de preuves tangibles, Alexandrium semble
être un candidat idéal à la dissémination par eaux de
ballast puisquil a un stade enkysté extrêmement
résistant. Un autre schéma dynamique est rencontré dans la mer
de Wadden : la formation de blooms de dinoflagellés y
est difficile étant donné les forts courants. Leur
présence dans cette zone serait plutôt le résultat de
ladvection à partir de sites adjacents de
croissance intensive (panache stratifié de lElbe)
et en saison chaude du front mélangé de marée au large
des lies de la Frise. En ce qui concerne Gymnodinium
catenatum, les kystes de repos trouvés depuis mars 1998
en quantité toujours plus importante, laissent entrevoir
que cette espèce a été introduite de la côte
ibérique atlantique vers les côtes allemandes via un
flux de la Manche vers la Mer du Nord (Nehring et ai.,
1995). 5 - CAS DE LA FRANCE: EVALUATION DU RISQUE
DINTRODUCTION DESPECES INDESIRABLES PAR LES
PORTS DE CHARENTE-MARITIME Pour des raisons techniques, il nétait pas
possible dentreprendre cette enquête sur de grands
ports. Les auteurs se sont donc limités à ceux qui
étaient géographiquement les plus proches. 5.1. Escales de navires en Charente-Maritime Le département comporte trois ports marchands
importants: Les produits chargés sont essentiellement des
céréales, des engrais, du papier et des produits
divers. Afin davoir une idée des risques induits par le
déballastage deaux étrangères en Charente
Maritime, une enquête a été réalisée auprès des
services des Douanes qui disposent des manifestes
établis à chaque escale par les navires. Ces documents
mentionnent la jauge brute de chaque bâtiment, sa
dernière escale, le type et le tonnage de marchandises
chargées. Seuls ont été pris en considération les
navires arrivant sur lest (lequel est presque
toujours constitué deau prélevée lors de
lescale précédente) et non ceux qui débarquent
leur cargaison. Cette activité nétant pas informatisée par
les Douanes, le recueil de linformation a été
long et lon sest limité aux années 1993,
1994 et 1995 pour les trois ports suscités. Afin de
respecter la législation en vigueur (code des Douanes,
Loi Informatique et Liberté) les noms des navires ont
été remplacés par un code basé sur le pays
dimmatriculation des dits navires (Panama: PA,
Chypre: CY; Pays-Bas NL, etc... ; cf. Annexe 4), cette
information nétant dailleurs pas très
importante. Lensemble de ces mouvements figure en annexe 5. 5.2. Pratique du déballastage dans les ports
charentais La Rochelle : entre 6 et 7 millions de tonnes
par an (dont seulement 2,4 millions débarqués),
Rochefort: 700 000 tonnes dont 300 000 tonnes
embarquées, Tonnay Charente : 260 000 tonnes dont 240
000 tonnes embarquées. 5.2.1. La Rochelle Le môle descale de La Pallice permet
daccueillir de très gros navires, en eau profonde,
venus charger des céréales essentiellement. Certains
dentre eux, au vu des volumes chargés, nont
pas fait iescale intermédiaire : un cargo grec
jaugeant 23 000 tonneaux, qui a embarqué le 27/08/93 31
000 tonnes de blés a évidemment rejeté à la mer 15
000 ou 20 000 m3 deau très probablement prise à
Beyrouth, son escale précédente. Que trouvait-on dans
les eaux de Beyrouth quelques jours avant (délais de
route)? La courantologie montre que cette eau (libanaise ?) a
remonté vers le Nord-Ouest le coureau de lîle de
Ré en direction des zones mytilicoles de la Baie de
lAiguillon (bouchots) et du Pertuis Breton
(filières). Pour les navires qui chargent dans le bassin
du port, les eaux de déballastage peuvent amener divers
organismes sur les vases desdits bassins. Le dragage
dentretien ultérieur déposera ces vases au
Lavardin, le long de la côte sud de lIle de Ré. 5.2.2. Roche fort La nécessité de remonter le fleuve sur 25 km oblige
les bâtiments à garder du lest pour rester manoeuvrants
dans le lit étroit de la Charente. Le déballastage
éventuel aura donc lieu dans le bassin à écluse, ce
qui peut être un moindre mal du fait de la faible
salinité, à condition de ne pas remettre les produits
de dragage de ce bassin au milieu extérieur (lit du
fleuve 7). 5.2.3. Tonna y Charente 5.3. Les escales précédentes : diversité et risques
(fig. 6 à 14) Il semble toutefois que les tonnages
chargés soient réduits dans ce port où
seffectuent surtout des débarquements (grumes
tropicales, bois divers). Lessentiel des débarquements est constitué de
charbon irlandais ou anglais. Par contre, les navires
viennent charger des céréales (maïs, tournesol, blé,
orge) et leur déballastage éventuel se fait directement
dans le fleuve, à 30 km de lembouchure (et de la
zone conchylicole de Port des Barques et de lîle
Madame). Les volumes éventuellement rejetés sont
réduits, car seuls des navires de faible tonnage peuvent
remonter jusque là (5 000 t au maximum) et les
cargaisons chargées sont peu importantes (entre 250 et I
000 t, souvent un complément de chargement). Elles sont extrêmement nombreuses et variées.
Sil y a eu déballastage, la Charente-Maritime a pu
recevoir entre 1993 et 1995 des eaux de : Mer Baltique (Lithuanie, St Pertersbourg, Gdansk) Mer
Noire (Constanza) Mer Rouge (Djeddah, Aquaba) Golfe
Persique (Iran. Koweit) Afrique (Dakar, Port Harcourt,
Durban) Etats unis (Eastport) Açores (Angra del
Heroismo) et Canaries (Teneriffe) Maghreb (Kenitra,
Bougie, Lybie) Machrek (Alexandrie, Beyrouth, Tartous)
Soit entre 30 et 55 % des escales précédentes,
majoritairement Pasajes, Biibao, La Corogne, El Ferrol,
mais aussi la na de Corcubion, Figueira da Foz, Lisbonne.
Ces dernières zones sont très souvent frappées par
des apparitions de phytoplancton toxique (tableau Il).
Une mise en concordance entre les efflorescences connues
et les mouvements de navires venant de ces zones illustre
tout à fait les risques encourus (tableau III). Lorsque
lon sait que des civelles de lembouchure de
la Loire pompées accidentellement dans des ballasts de
pétrolier étaient toujours vivantes à larrivée
dans le Golfe Persique un mois plus tard (témoignage
dun commandant), on peut légitimement supposer que
des kystes dalgues toxiques peuvent être déposés
sur les sédiments de la Baie de lAiguillon ou de
lembouchure de la Charente, par le biais de ces
eaux de ballast. 6 - RAPPEL DES RECOMMANDATIONS EXISTANTES VISANT A
REDUIRE OU A SUPPRIMER CE RISQUE 6.1. Inventaire des techniques existantes 6.1.1. Léchange du lest en pleine mer - En Amérique du Nord et en Océanie A lheure actuelle, léchange du lest en
haute mer est la technique la plus utilisée dans ces
régions, bien quelle nélimine pas les
kystes en totalité (Mùller, 1995). Vider et remplir en
pleine mer étant dangereux, cest un remplacement
par flot continu qui est préconisé. Cependant
lefficacité de ces mesures reste sujette à
caution pour des raisons techniques (Gauthier et Steel,
1995): la structure de certains réservoirs à ballast
et des tuyauteries ne permet pas à tous les navires de
changer leur lest, les réservoirs sans systèmes
de pompage peuvent continuer à héberger des organismes
indésirables (Gauthier et Steel, 1995). Wonham et ai.
(1996) ont expérimenté léchange de lest en haute
mer entre Israèl et Baltimore (USA). Les organismes
indésirables ne souffraient pas particulièrement
lorsque leau océanique venait remplacer les eaux
de ballast initiales. En 1993, les essais australiens sur
un navire de 140 000 t (M.V. IRON WHYALLA) dont les
ballasts ont été rincés plusieurs fois en haute mer
montrent quaprès trois vidanges successives, 5 %
de leau dorigine et 25 % du plancton étaient
encore présents. Même conclusion dans létude de
Mc Donald et Davidson (1998). Les garde-côtes américains se servaient
jusqualors de la salinité pour vérifier
léchange de leau, mais étant donné la
variabilité de ce paramètre dans les différents ports
américains, des chercheurs américains (McKeow et Mills,
1998) étudient actuellement lopportunité de se
servir des nitrates, paramètre qui leur semble plus
approprié. LlMO prévoit dans la résolution A.868 (20)
adoptée le 27 novembre 1997, une annexe concernant les
aspects sécurité pour les bateaux changeant leur lest
en pleine mer. - En Europe La seule étude connue sur ce sujet est celle de Mc
Donald et Davidson (1998). Les navires échantillonnés
dans cette étude sont originaires dEurope du Nord.
ils ont changé leurs eaux de ballast soit en Mer du Nord
soit en mer dIrlande, selon le dernier port
dattache. La comparaison des communautés
phytoplanctoniques avant et après échange deau en
mer montre que le risque nest pas forcément
diminué par cette pratique. Léchange du lest
augmente la diversité des diatomées et des
dinoflagellés dans 69 % et 85 % des cas respectivement
et labondance dans 31 % et 85 % des cas
respectivement. Lors des cinq dernières années, pas moins de
cinquante différentes technologies de traitement ont
été étudiées (Carlton, 1995). Parmi celles-ci, notons
: 6.1.2. Les produits chimiques et biocides Lutilisation du chlore, du dioxyde de chlore,
des chloramines, de Ihypochlorite de sodium et de
calcium et de lozone a été étudiée. Un certain
succès a été obtenu avec les ions argent et cuivre en
électrolyse dans leau de mer. Cette application
aux eaux de ballast na pas encore été testée
mais leur rejet dans le milieu peut poser certains
problèmes écologiques. De même pour le chlore, les
japonais Ishikawa et ai. (1992) ont étudié leffet
du peroxyde dhydrogène (H2O2) sur les kystes et
certains dinoflagellés en laboratoire; son potentiel
destructeur est assez fort. Dans lensemble, le coût de ces produits est
beaucoup trop élevé pour une utilisation pratique. Pour plus de précisions, se rapporter à la synthèse
assez complète faite par Mùller (1995). Un autre traitement consiste à modifier la salinité
dans le réservoir. Cela aboutit à un changement de
pression osmotique et à la mort de certains organismes.
Cette technique est très utilisé par les navires
abordant la région des Grands Lacs. Notons cependant que
Gymnodinium catenatum résiste à ce traitement. Une récente étude américaine (Lubomudrov et ai.,
1997) a montré que lutilisation de biocides non
oxydants, tel que le glutaraldéhyde (GA),
savérait prometteuse. Ce produit est utilisé
largement dans lindustrie, dans la santé publique
pour stériliser les équipements médicaux, mais
également dans des tours de refroidissement deau.
Six différents aspects de ce traitement ont été
abordés : (1) la facilité dutilisation du
produit, (2) son efficacité réelle sur les organismes
cibles, (3) les aspects santé publique liés à son
utilisation, (4) limpact sur lenvironnement
de ce produit et de ses dérivés, (5) les coûts
associés aux différents scénarios dapplication,
(6) la surveillance des eaux de ballast en cours de
traitement et lorganisation conséquente à bord du
bateau. Après évaluation, il semble que ce système
soit une bonne alternative, à condition den
réduire les coûts. Ceci peut se faire à condition
dutiliser le glutaraidéhyde en traitement
secondaire. Quant aux risques environnementaux, ils
dépendront des qualités de pH et de température du
milieu récepteur car le glutaraldéhyde se transforme en
dioxyde de carbone dans des systèmes aérés. Cette
dégradation améliore la biodégradation naturelle du
produit laquelle dépend des concentrations injectées
dans le milieu. Les tests effectués sur les biocides organiques ont
révélé quil fallait rajouter des agents
détoxifiants supplémentaires. 6.1.3. La chaleur Bolch et Hallegraeff (1993) ont testé en laboratoire
un chauffage de 400C pendant 30 à 90 secondes et ils ont
observé la disparition de Gymnodinium catenatum et de
Alexandrium tamarense. Reprenant leur expérience sur un
navire avec un débit de 500 m3/heure et un chauffage à
400C pendant 8 minutes, ils ont obtenu la disparition de
tous les organismes identifiés. Cette technique, à priori peu coûteuse, serait mise
en oeuvre durant les trajets, puisque lon
utiliserait lexcédent de chaleur produit par les
moteurs du navire. Lexpérience effectuée par les
australiens sur le vraquier Iron Whyalla a montré que la
meilleure manière dutiliser cette chaleur
excédentaire serait de chasser leau chauffée à
450C à travers les ballasts tout en laissant repartir le
trop-plein. La température finale obtenue dépendrait
évidemment des régions traversées. Dans le cas de ce
navire et de températures océanes de 25-300C, le
résultat serait de 35-380C après 48 h de chasse
deau. Le résultat semble prometteur quant à la
disparition de nombreux dinoflagellés, leurs kystes
ainsi que sur Heterosigma akashiwo. Les kystes
dAlexandrium nont pas encore été testés
(Rigby et Taylor, 1995). Les navires nouvellement construits pourraient ainsi
être équipés déchangeurs de chaleur. 6.1.4. La filtration ou micro filtration Pour retenir les microparticules dans les ouvertures,
il faut installer un maillage extrêmement fin. Les
nappes qui sont utilisées dans lindustrie
pétrolière offshore peuvent traiter jusquà 5 000
m3/h. La taille des mailles est de 500 à 50 microns et
les nappes font environ 3 à 4 m2. Il faut y intégrer un
système automatique de nettoyage. Ces filtres sont
relativement faciles demploi, mais leur coût
semble prohibitif. Ces deux systèmes sont en acier
inoxydable (Mùlier, 1995). un autre système de
microfiltration installé près des pompes à eau de
ballast a été proposé. Il consisterait en deux (ou
plus) filtres solides de 300 microns suivis
par deux (ou plus) filtres fins de 25
microns. On pourrait les réutiliser dans des bateaux
existants ou incorporés à de nouveaux navires en
construction. Une programmation automatique de nettoyage
y serait incorporée. La séparation cyclonique, simple et économique vise
à séparer le liquide et le solide dans des fentes
tangentielles et à les accélérer dans une chambre de
séparation dans laquelle lon recueille la fraction
solide. Un débit de 2 900 m3/heure par unité de 3 000
kg peut être atteint. Les pompes du bateau peuvent
savérer suffisantes. Aucune donnée ne permet de
certifier que ce système est efficace pour le traitement
des eaux de ballast (Mùller, 1995). Les possibilités des systèmes de filtration
vis-à-vis des eaux de ballast paraissent très
importants mais ces systèmes seront longs à mettre en
place du fait du coût et des changements structuraux à
apporter aux navires (Mail et ai., 1998). Leur efficacité dépend de la taille et de la
morphologie des organismes. Ceux qui ont un petit rapport
surface/volume sont moins sensibles aux radiations. Plus
précisément, les bactéries gram (+) ont des capsules
plus résistantes que les Gram (-), les virus
nécessitent des doses similaires aux bactéries, les
algues des doses supérieures à celles des bactéries à
cause de leur taille et leur pigmentation. Les algues
bleues sont particulièrement résistantes. 6.1.5. Les rayons ultra violets (MillIer, 1995) Le
temps dexposition et le taux dirradiation
sont très importants et dépendent des organismes. Ce
procédé pourrait être mis en application à condition
de séparer dabord les organismes plus grands. On
ne cannait pas à priori de produits dérivés, mais
lon ne sait pas sil y a altération
génétique des organismes. Le traitement pourrait être mis en place au moment de
la mise sur lest ou lors du déballastage. 6.1.6. Lozone Oemcke et Van Leeuwen (1998) ont étudié ce type de
traitement. Lozone paraît très intéressant à
utiliser mais son utilisation seule ou en liaison avec
une préfiltration dépendra du type dorganismes
que lon veut supprimer. En effet, lozone seul
est efficace sur quelques types de dinoflageiiés, des
amibes, des bactéries et des virus lorsque le traitement
est effectué à bord pendant le transit. Par contre, si
lon traite lors de la mise sur lest, lozone
nest plus efficace sur les dinoflagellés.
Lozone nest pas non plus efficace sur les
kystes de dinoflageliés (en particulier Gymnodinium
catenatum). Mais lozone peut être intéressant
pour se débarrasser de Vibrio cholerae, par exemple. Une préfiltration est souvent nécessaire (maille
< 30 pm selon Oemcke et Van Leeuwen) mais ne peut se
faire quau cours de la mise sur lest.
Lozonation peut être utilisée avec la chaleur
pour se débarrasser de bactéries végétatives qui
résistent, mais il faut un système de recirculation
pour obtenir une efficacité maximale. Les oxydants résiduels sont très faibles et ne
contribuent donc pas à la corrosion des réservoirs par
contre ils le deviennent si le traitement se fait en
transit avec une mise sur lest par pompage en continu et
avec un système hydraulique déficient. Lozone semble idéal pour un traitement lors du
transit aucun élément chimique à manipuler et une
certaine capacité résiduelle de désinfection. Dans le cas de leau douce, il faut utiliser des
doses beaucoup plus faciles et se soucier de la
conception des réservoirs car la corrosion est beaucoup
plus importante. Dans la liste des méthodes également utilisables,
nous pouvons rajouter les ultrasons, lanoxie et les
antifoulings. Il semble quaucun traitement ne soit
efficace seul. Il faudrait par exemple commencer par une
filtration ou une séparation cyclonique puis continuer
par une désinfection ou un traitement physique. Kerr
(1993) souligne quil faut bien faire attention à
la phase la mieux adaptée au traitement lors du
ballastage ou de déballastage. Ainsi, les australiens
ont envisagé trois possibilités traitement à bord,
traitement au port, traitement à terre. Leurs
conclusions ont été les suivantes Bien quil soit maintenant établi que les eaux
de ballast constituent un vecteur important
dintroduction despèces indésirables dans
les zones côtières, il nexiste pas
dobligations réglementaires internationales pour
minimiser ou supprimer les risques induits par cette
pratique. LIMO dans son Guide de recommandations
volontaires (résolution 50, 1997) avait
préconisé sept options qui pourraient être efficaces
mais qui nont pas malheureusement de poids
réglementaire: Le changement deau de ballast en haute mer
nest pas toujours possible dans létat actuel
des choses, comme nous lavons vu ci-dessus. Les
considérations environnementales ne sont pas prises en
compte la plupart du temps par les transporteurs,
dautant que lon ne peut pas arguer dun
péril mortel immédiat. Un certain nombre de ports ont toutefois pris des
mesures réglementaires interdisant le rejet de
sédiments dans le port, et imposant le dépôt à terre.
Il sagit de Londres, Los Angeles, les ports
canadiens des Grands Lacs et du Saint-Laurent, Melbourne.
les contraintes despace à bord nautorisent
que les traitements les moins efficaces, les solutions de
traitement à terre et au port sont toutes deux
réalistes pour méthodes de traitement, dont la
filtration. Elles sont les moins coûteuses, une étape
de filtration est nécessaire pour éliminer les
organismes résistants pour plusieurs méthodes biocides,
la mise à terre des résidus de traitement est tout à
fait appropriée. plusieurs 6.2. Recommandations aux navires et gestion des
pratiques du ballastage ne pas relâcher les eaux de ballast
changer les eaux de ballast et rejeter les sédiments en
pleine mer ou dans des zones désignées par les
autorités portuaires changer les pratiques pour
diminuer le pompage deau contaminée ou de
sédiment pendant les opérations de mise sur lest
changer les pratiques pour diminuer le rejet deau
contaminée ou de sédiment pendant le déballastage
rejeter les eaux de ballast dans des lieux
appropriés pour le traitement ou le contrôle
adopter des traitements approuvés par les autorités
portuaires sassurer que les eaux et
sédiments venant du port dorigine sont exempts
dorganismes indésirables Les australiens Rigby et aI. (1991) pensent que la
gestion des navires doit se faire, en envisageant les
données suivantes: la quantité deau transportée le port
dorigine ou dernier port dattache et le port
de déballastage la technique et la vitesse de
déballastage la forme et la taille des ballasts les
mises sur lest et les déballastages précédemment
effectués par le navire la capacité de rétention des
organismes par le sédiment présent dans les eaux de
ballast LAustralie est le seul pays qui ait poussé la
réflexion suffisamment loin sur ce phénomène, aussi
bien sur les conséquences, les solutions techniques, la
gestion possible des pratiques que sur les coûts
induits. La plus grande partie des informations de ce
chapitre est directement issue de leurs rapports
(A.Q.l.S., 1993). 6.2.1. Solutions techniques - Sur les ballasts eux-mêmes Elles sont difficiles à mettre en oeuvre,
particulièrement pour les ballasts de fond.
Lidéal qui consisterait à disposer de ballasts à
parois internes lisses est quasiment irréalisable sans
compliquer à lexcès les structures et donc au
tèHesc~6Ûfsid&Enstruction. De plus, cest
impossible pour les ballasts des extrémités. Le
système des cales servant de ballast est séduisant mais
il ne permet pas de faire face à toutes les situations
en mer ou au port. Le principe du slop tank adopté sur les
pétroliers pourrait être mis en oeuvre pour recueillir
les sédiments mais il suppose linterdépendance
des ballasts ou des tuyauteries supplémentaires. De plus
es systèmes de nettoyage des ballasts nexistent
pas sur tous les navires (il faut pouvoir remettre les
sédiments en suspension) - Sur leau Les solutions préconisées pour leau sont
développées dans le paragraphe 2 et nous permettent de
conclure quune bonne partie des solutions
techniques envisageables est inapplicable sur les navires
existants. 6.2.2. Modification des pratiques Le ballastage et le déballastage en haute mer
présentent plus de sécurité et defficacité (eau
propre, pauvre en organismes), mais nous avons vu que ce
nest pas toujours possible. La pratique la moins dommageable dans les conditions
actuelles paraît être de prendre un minimum deau
côtière pour assurer la manoeuvrabilité du bâtiment
et compléter en pleine mer. On eut également garder une
réserve mobile deau propre (suppose
linterdépendance des ballasts, peu fréquente de
nos jours) ou sapprovisionner en eau traitée dans
les ports, ce qui pose un problème de coût : les
calculs australiens montrent que le traitement deau
dun vraquier de 150 000 t est de 540 dollars/m3/an.
En attendant un changement dans la conception des
navires (orifices de remplissage multiples, orme et
structure des ballasts, procédures de nettoyage,
tuyauteries, accès, traitement de surface) il ne reste
que la modification des pratiques. Si une réglementation internationale voit le jour, il
faudra une stratégie de gestion des pratiques incluant
des systèmes de surveillance et de contrôle. Deux
pistes paraissent intéressantes: - un registre international sur les ballasts (Log
book) - linstallation sur chaque navire dune
boîte noire, comme pour les aéronefs, laquelle noterait
entre autres les opérations sur les ballasts ainsi que
létat des structures de la coque. De manière générale, plus un bateau transite
souvent dans un port, plus vite il adopte la technologie
et les régies instituées par les autorités de ce port
(Gollamudi et Randall, 1995). 7 - ACTIONS ENVISAGEABLES POUVANT CONSTITUER LA
PROPOSITION DE LA FRANCE 7.1. Evaluation des risques 7.1.1. Par rapport à lorigine des navires
(dernière escale) Le travail réalisé en Charente-Maritime ne constitue
quune exploration préliminaire du sujet. Il serait
nécessaire pour instaurer des mesures efficaces de
développer ce type denquête sur les grands ports,
au moins Marseille et Le Havre, qui accueillent sans
doute le plus de navires sur lest. Linformatisation
des manifestes permet de le faire rapidement. Il serait
ainsi possible détablir des typologies par
catégorie de navire et par région dorigine. Les informations, croisées avec celles disponibles
sur les apparitions phytoplanctoniques toxiques,
permettraient dans de nombreux cas, de définir des
régions ou des périodes à risques pour le déversement
deaux de ballast en milieu côtier. 7.1.2. Par rapport aux organismeS transportés Des campagnes déchantillonnage dans les
ballasts doivent être menées afin de rechercher les
espèces indésirables, leurs formes de résistance, leur
possibilités dimplantation dans les zones
côtières françaises. En effet, certains ports sont à proximité de zones
conchylicoles importantes Sète pour le bassin de Thau,
La Rochelle pour Marennes-Olérons, Le Havre pour le
bassin normand (Baie des Veys, Cotentin). 7.2. Propositions techniques Au vu de ce qui précède, il paraîtrait logique
dinterdire les rejets directs deau de
ballasts dans les zones côtières conchylicoles. Lors du colloque du CIEM sur les eaux de ballast (à
Llandudno du 12 au 14 avril 1999) il a été établi quel
les trois principaux vecteurs dintroduction
dorganismes indésirables sont les transferts de
coquillages, le fouling sur les coques et les eaux de
ballast. Il faut garder à lesprit que
lapparition iépizooties liées à ces
pratiques entraîne à chaque fois des mortalités
massives des cheptels (aucun moyen de les isoler
contrairement aux animaux terrestres) des disparitions
dentreprises et des pertes iemplois, ce qui
met à mal le tissu socio-économique des régions
côtières (secteur tertiaire compris). 7.2.1. Dans les pratiques Pour les ports intérieurs, nécessitant des
remontées de fleuves sur lest (Rochefort, Nantes,
Rouen,...) il serait avisé de faire transiter les eaux
de ballast par des structures intermédiaires
bassins, réservoirs, lagunes dans lesquelles
elles seraient traitées. Le coût de ces opérations pourrait être financé
suivant le principe pollueur-payeur appliqué en eau
douce (Agences de bassin). Une cartographie des zones possibles de
ballastage/déballastage au large des côtes françaises
devrait être établie en tenant compte des courants,
afin déviter larrivée de ces eaux (et de
leur contenu éventuel) à la côte. 7.2.2. Dans les procédés Les procédés délectrochloration (fabrication
dHypochlorite à partir du chlorure de sodium de
leau de mer) pourrait être mis en oeuvre sur les
navires eux-mêmes, les qualités biocides de cette
molécule ~tant bien connues. Il faudrait tester la
faisabilité du procédé et ses inconvénients
éventuels. Conclusion Laugmentation des échanges commerciaux dans le
monde et les exigences de rentabilité font que es
transporteurs maritimes cherchent à réduire les
opérations de chargement et de déchargement,
iescales, etc... Dans ce contexte les pratiques du
ballastage comptent peu et sauf exception, sont très peu
réglementées. Par ailleurs les recherches concernant
les impacts de ces pratiques, sur les milieux littoraux,
en particulier, sont pour le moment peu coordonnées.
Parmi les conséquences néfastes des déversements
incontrôlés deaux de ballasts, les introductions
despèces phytoplanctoniques toxiques constituent
le risque le plus important les apparitions désormais
régulières de ces mêmes espèces introduites dans les
eaux côtières australiennes en sont le meilleur
exemple. Le tissu socio économique aquacole français est
particulièrement dense et lintroduction de
nouvelles espèces toxiques de phytoplancton pourrait
mettre à mal léconomie de zones entières du
littoral, par les fermetures brutales quelles
entraînent. Lenquête réalisée dans cette étude montre
que les navires faisant escale en Charente-Maritime
viennent du monde entier. Les possibilités
dintroduction despèces vivantes néfastes
sont donc très étendues. Cependant le fort pourcentage
de navires venant de la péninsule ibérique, connue pour
ses efflorescences toxiques, augmente le risque de voir
transporter et relarguer sur les côtes charentaises des
espèces nuisibles aux consommateurs, aux animaux en
élevage ou à la vie marine en général. Le risque est aussi élevé que celui induit par les
transferts sans précaution de coquillages dune
région ou dun pays à lautre, vecteur
également bien connu dintroduction despèces
indésirables. Jusquici, ce problème na pas suscité en
France dinterrogations sur sa gravité, et les
conséquences sanitaires et socio-économiques quil
peut avoir sur le littoral. Les fermetures répétées de
zones en Bretagne et surtout les récents évènements
méditerranéens montrent lurgence qu il y a à
sensibiliser tous les acteurs de la vie littorale
pouvoirs publics, collectivités, groupes
socioprofessionnels, gestionnaires de ports,
transporteurs maritimes, scientifiques...). Limplication de la France dans ce problème
international pourrait se faire à deux niveaux : - en interne avec : 10) un débat sur le sujet pour
définir entre organismes scientifiques les recherches
nécessaires (vecteurs dintroduction, conditions
dimplantation despèces indésirables,
etc...). 20) la recherche de solutions techniques et
létablissement de réglementations spécifiques
(administration, services techniques, autorités
portuaires en liaison avec les scientifiques). - en externe, par ladhésion aux groupes de
travail internationaux sur ce sujet, notamment pour
lélaboration des réglementations (définition de
zones à risques, pratique du déballastage, lutte contre
les transferts despèces nuisibles...). |